Degré zéro de l’humanité !

De retour de mission du Congo, les membres de l’association « Les Enfants de Panzi et d’Ailleurs » ont fait le point sur la situation actuelle.  Elle s’est tenue de fin février au 10 mars 2019 et y ont pris part. Cathleen de Kerchove Directrice générale ; Sibylle de Bergeyck Trésorière ; prof. Véronique De Keyser (Présidente).

Thérapie par le jeu.

Confrontée « au niveau zéro de l’humanité », la députée européenne honoraire, Professeur à Université de Liège et Présidente des « Enfants de Panzi et d’Ailleurs », Véronique de Keyser revient très affectée du Sud Kivu.  Elle y travaille depuis 2015 auprès du docteur Denis Mukwege.

« Jamais depuis que je travaille dans les villages autour de Bukavu, je n’ai été à ce point révoltée et émue aux larmes par la tragédie que vit la population. Il faut mettre des mots et des images sur cette barbarie. Durant la dizaine de jours que j’ai passés là- bas où je retrouvais mon équipe de psychologue congolaise, 5 fillettes ont été assassinées dans village de Katana, à une dizaine de km de notre site de Kavumo : violées, éviscérées (la vulve scalpée et l’utérus arraché) abandonnées dans la forêt, elles ont été retrouvées mortes au matin.  J’ai tenu dans mes bras à l’hôpital un bébé fille de 7 mois, provenant d’un autre village, sodomisé par plusieurs miliciens, elle aussi laissée pour morte, mais qui a pu finalement être transportée jusqu’à Panzi, de même qu’une autre gamine de 4 ans, dont les entrailles étaient explosées par des pénétrations collectives.  Et dans le même temps, cette semaine-là, une agression sexuelle sur une femme, maintenue à terre, dont on arrachait les vêtements et dont on écartait les jambes de force en plein centre de Bukavu, sous les applaudissements de la foule. Les photos en direct de cette agression ont tourné en boucle sur les réseaux sociaux. Aucun viol n’est banal, mais ce qui frappe dans la violence que j’évoque, c’est le collectif, la déshumanisation de la victime- comme ces bébés qu’on se repasse de main en main comme des poupées de chiffon, pour les violer dans les plaisanteries et les rires. C’est le niveau zéro de l’humanité ».

 

La violence n’est pas que dans cette barbarie, elle est aussi dans les conditions d’exploitation des ressources minières du pays, dans le contraste entre ces richesses et la pauvreté absolue de la population. « Il faut que la nouvelle présidence de RDC fasse du viol des très jeunes enfants et des femmes un problème de santé public, car il affecte le pays tout entier, et dépasse la cadre d’une réponse privée et caritative, si puissante soit elle »

 

Véronique De Keyser revient cependant du Sud Kivu avec une note d’espoir. « Pour la première fois depuis trois ans, je trouve que la soixantaine de fillettes violées que nous avons prises en charge se porte, mieux, et certaines très bien. C’est un travail dans la durée, mais les voir jouer, rire, s’entraider, parler et raconter qu’elles veulent devenir plus tard policière ou mécanicienne ou professeur, cela m’a mis du baume au cœur.  Elles s’inventent un futur.  Faisons tout pour qu’il advienne ! »

 

Actualité précédente Nos actualités Notre projet Actualité suivante